Octobre, dans le brouillard qui se déchire,
Les maisons de l'Ecluse, flottent comme ivres.
Passons le Bau, déjà Ferrachat s'accroche
Aux côteaux, de grands pins rescapés de la hache
Des hommes, émergent en géants d'un nuage.
La route tourne suintante et peu large,
Le merle noir vole vers la carrière rouge.
Au détour du chemin : Colibric, rien ne bouge.
Le jour pointe, il fait noir, le brouillard s'épaissit,
L'ombre de la forêt change l'aurore en nuit.
Pas longtemps cependant, bientôt la route monte
Débouchant d'un seul coup au Bardou, qui sans honte
Etale au grand soleil ses maisons et ses champs.
Au dessus de ma tête un ciel bleu, bien brillant
Un vol de palombes le sabre en un instant.
La journée sera bonne, un vent d'Est dominant
Souffle dans les aiguilles de pins du sentier.
Je hate le pas. Serais-je le premier?
Je siffle franchement. Personne ne répond.
Sûr, la cabane est vide, jamais nous ne pourrons
Etre au lever du jour en place pour la passe,
Et comme pour me narguer, une rodeuse brasse
D'un coup d'aile bruyant les feuilles du vieux hêtre.
Je sursaute en riant, quel piètre "paloumayre"
M'a dit encore hier mon vieux copain Loulou,
Si tu veux des palombes, si tu en veux beaucoup
Il faut être à pied d'oeuvre encore dans le noir,
Un chasseur de palombes ne dort pas comme un loir!
Ces réflexions aidant, j'arrive au cabanon.
Les appeaux sagement attendent en rang d'oignons,
Leurs plumes blanches et bleues qu'ébouriffe le froid,
Frémissent. Otant du pied sous la barre le poids,
Je sors pour les gorger, les ramiers altérés,
La tête plonge pour une goulée immense.
Elles ont toutes bu! En place pour la danse!
Les appeaux sont montés tout en haut des ficelles,
Un petit coup pour voir leur battement d'ailes,
Je gravis lentement l'échelle en châtaignier.
Sur les feuilles alentours les perles de rosée
Brillent de mille feux au soleil automnal.
La cabane est belle, bâtie non sans mal,
Je domine de haut la forêt de La Chaux.
A gauche et devant moi, deux gros vols, trés haut,
Les appeaux commandés du haut de mon perchoir,
Semblent dire à leurs soeurs : venez, venez me voir!
Comme à regret, deux grois oiseaux bleus en planant
Se détachent du vol, répondent sagement
A l'appel du ramier attaché sur sa planche,
Et posent d'un seul coup, leurs pattes sur la branche.
Deux palombes enfn, toutes bleues et méfiantes,
Sont là devant moi, aquarelle vivante!
Le vert des pins, l'ocre des feuilles, le bleu du ciel,
Se marient sur un fond de bois couleur miel.
Coeur battant, souffle court, je pointe le fusil
A travers le trou noir vers ces oiseaux subtils
Qui laissent derrière eux l'hiver et sa froidure.
Le coup de feu claque amplifié par les murs
De la cabane, l'oiseau tombe lourdement
Sa compagne affolée fuit vers le couchant.
Je descends aussitôt et cours droit sous le pin,
Rammasse l'oiseau mort, le serre dans ma main,
Une volée de plumes blanches tombent, droit
Du ciel et meurent en duvet sur le sol froid.
Belle journée pour un "paloumayre", ma foi!!